Nathalie Mons : « Paradoxalement, on entend très rarement la parole des élèves »

© Nathalie Mons
© Nathalie Mons.

À l’occasion du colloque du 30 octobre 2012 organisé par Les Cahiers pédagogiques et consacré à la pédagogie dans les médias, notre association a décidé de lancer une série d’entretiens sur la manière dont les questions d’éducation sont traitées par les médias. Nous donnons la parole à ceux qui lisent, écoutent et regardent attentivement les sujets sur l’école, comme à ceux qui contribuent à leur fabrication.

Rencontre avec Nathalie Mons, professeure de sociologie à l’université de Cergy-Pontoise, ancienne experte auprès de l’OCDE pour Pisa et membre du comité de pilotage de la concertation « Refondons l’École de la République ».

Ajéduc : Les questions d’éducation sont-elles assez présentes dans les médias ?

Nathalie Mons : « Je trouve que l’éducation est présente dans les médias, de façon pertinente, particulièrement dans la presse écrite et à la radio. Certes on retrouve régulièrement les marronniers que sont par exemple le bac ou la rentrée mais même ces marronniers permettent d’interroger l’actualité de l’éducation. À côté de ces moments obligés, l’éducation est régulièrement présente dans les médias, avec – c’est assez étrange – des interrogations surtout politiques et sociétales plus que pratiques. On pourrait imaginer qu’il y ait une émission grand public audiovisuelle, proche de celles qui existent sur la santé, visant à donner des conseils aux parents qui sont souvent désœuvrés face aux problématiques de l’école, quand ils ne font pas partie du cercle très fermé de ceux qui bénéficient de délits d’initiés en termes d’information. Cette émission n’existe pas et n’a jamais existé.

De façon générale, l’éducation est un secteur de l’action publique où se développe une forte communication parce que c’est un champ qui intéresse tous les Français – parents, grands-parents, oncles, tantes tout le monde connaît et s’inquiète du destin scolaire d’un enfant. C’est aussi un domaine où le politique peut agir en toute autonomie, tout ne dépend pas de l’international, de l’Europe comme en économie par exemple. La communication est donc devenue très présente dans ce domaine, ce qui oblige les journalistes à suivre des annonces nombreuses sans avoir beaucoup de temps pour analyser ce qui est réellement mis en œuvre, sans avoir le temps bien souvent de construire dans le temps des sujets de fond, car leurs équipes sont aussi réduites en nombre de personnes. Le dernier quinquennat a été une caricature d’enfilades d’annonces spectaculaires.

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