Michel Lussault : « On ne voit pratiquement rien sur ce qui se passe réellement dans les classes »

Suite de notre série d’entretiens sur la manière dont les questions d’éducation sont traitées par les médias, lancée à l’occasion du colloque organisé par les Cahiers pédagogiques le 30 octobre 2012.

©Michel Lussault.
©Michel Lussault.

Rencontre avec Michel Lussault, qui dirige depuis mi-octobre 2012 l’Institut français de l’Education (ex-INRP). Ce géographe préside aussi le Pôle de recherche et d’enseignement supérieur de Lyon depuis 2008.

Ajéduc : Parle-t-on vraiment-assez- des questions d’éducation dans les médias ?

Michel Lussault : « Je serais tenté de répondre oui, tout le temps… mais en réalité, on n’en parle jamais. Il y a une distorsion : l’éducation apparaît comme un sujet de très important dont les medias se font l’écho avec des marronniers, tels que la rentrée scolaires, le baccalauréat, la violence. Il y a comme cela une sorte d’omniprésence de l’éducation. Mais en réalité, ces marronniers, ou ces réactions à chaud après un fait divers, constituent un leurre, un écran de fumée. Tout le monde à l’impression d’être informé dans un pays où tout le monde croit être un expert de l’’éducation. Il y a en réalité très peu d’analyse, très peu d’enquête de fond, très peu de compréhension du système éducatif. La presse se contente souvent de stéréotypes, de poncifs. Je suis frappé de constater que très peu de journalistes qui parlent d’éducation dans les grands médias connaissent vraiment le fonctionnement du système. C’est vrai, excepté pour les médias spécialisés. Et à la télévision, c’est pire… »

Ajéduc : Percevez-vous cependant des évolutions au cours de ces dernières années ?

M. Lussault : « Il me semble qu’il y a davantage d’attention aux problématiques de l’enseignement supérieur depuis 2007. On évoque les problèmes de la réussite dans le premier cycle, les transformations liées à l’autonomie des universités. Mais cette attention a tendance à de nouveau diminuer au profit des faits divers. Par exemple, on parle beaucoup en ce moment de la gestion de Sciences Po.

J’ai aussi l’impression qu’on s’est davantage intéressé ces dernières années à l’exploitation des données PISA. On essaie de comparer notre système, qu’on a longtemps considéré comme le meilleur du monde –ce qui fait rire – aux autres systèmes, à l’étranger. Ceci dit, cela donne parfois un traitement un peu « sensationnaliste » du style « la France ne parvient pas à rattraper la Finlande ». Sans chercher à aller plus loin… »

Y-a-t-il des sujets qui vous semblent oubliés, mal traités ?

« On ne voit pratiquement rien sur ce qui se passe réellement dans les classes. Curieusement on a un discours médiatique qui occulte la variété des pratiques, la richesse de ce qui est expérimenté.On n’en parle jamais sauf lorsqu’un enseignant reçoit une beigne ou qu’il donne une claque à un élève. Sauf quand il y a un dysfonctionnement. En réalité, les acteurs de l’éducation, qui ne sont pas que des enseignants mais aussi des parents, des associations, des élèves, essaient d’inventer plein de choses qui font évoluer le système. Vu d’en haut, on a l’impression d’un système figé. Quand on va dans les classes, on se rend compte que ce n’est pas du tout le cas.

On n’aborde pas non plus la question de la formation tout au long de la vie, alors que cela permettrait aussi de se poser des questions sur le système éducatif, et en particulier l’échec scolaire. Cela permettrait de l’aborder sous une autre perspective. En effet, si chacun sait qu’il aura vraiment la possibilité de se former tout au long de son existence, la course aux « bonnes filières » (celles que l’idéologie dominante désigne comme telles) me semble pouvoir devenir moins obsessionnelle que ce qu’elle est aujourd’hui. »

 Propos recueillis par Muriel Florin

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