Marie Duru-Bellat : « On ne parle pas assez de ce qui se passe dans les autres pays »

© Marie Duru-Bellat.
© Marie Duru-Bellat.

Suite de notre série d’entretiens sur la manière dont les questions d’éducation sont traitées par les médias, lancée à l’occasion du colloque organisé par les Cahiers pédagogiques le 30 octobre 2012.

Rencontre avec Marie Duru-BellatProfesseure à l’Institut d’étude politique (IEP) de Paris et chercheuse à l’Observatoire Sociologique du Changement et à l’Institut de Recherche en Éducation (IREDU), elle est une spécialiste incontournable de la sociologie de l’école.

Ajéduc : Les questions d’éducations sont-elles assez présentes dans les médias ?

Marie Duru-Bellat : « Dans la mesure où je suis chercheuse en éducation, je trouve que ces questions  ne sont pas suffisamment abordées dans les médias. On ne parle pas beaucoup de l’école en France pour deux raisons. Tout d’abord, parce que ces questions sont perçues comme appartenant au monde enseignant. Si l’on n’est pas enseignant, on n’est pas légitime pour parler d’école. L’autre raison, c’est qu’en France, la recherche en éducation est peu considérée. Pourtant lorsque les médias abordent ces questions, ils le font assez bien, plutôt sérieusement et sans verser dans la caricature, y compris à la télévision où les dossiers sur l’école sont le plus souvent de bonne qualité. Je dirai même qu’ils sont de meilleure qualité que par le passé.

Quelles évolutions avez-vous perçues ces dernières années ?

M. D.-B. : Il y a une évolution très nette. On parle notamment beaucoup plus des comparaisons internationales dans les médias ces dernières années. J’y vois un effet PISA, du nom de l’enquête qui évalue tous les trois les savoirs et savoir-faire  des jeunes de 15 ans dans les pays de l’OCDE. Après la publication de classements internationaux, on assiste soudainement à des vagues d’intérêts pour la question de l’école. On se préoccupe alors de savoir où se situe la France par rapport aux autres pays en terme de performance scolaire. Malheureusement, très vite, l’intérêt retombe, c’est regrettable !

Y a-t-il des sujets qui vous semblent oubliés ou mal traités ?

M. D.-B. : Il y a des choses dont on ne parle jamais. Qu’apprennent les élèves ? Quels sont les programmes ? Comment apprennent-ils ? Les médias devraient davantage s’intéresser à ce qui se passe dans les autres pays européens. En économie, par exemple,  on parle beaucoup de l’Allemagne, on pourrait faire la même chose dans le domaine scolaire. Je ne suis pas en train de dire qu’il faut imiter l’Allemagne, mais il est toujours intéressant d’aller voir ce qui se passe ailleurs. Le grand public ne sait rien de ce qu’apprennent les enfants des autres pays européens, or il n’y a pas de raison que ça ne l’intéresse pas, en tout cas pas moins qu’un lycéen qui frappe son professeur.

Il y a un autre sujet qui n’est jamais abordé dans les médias, c’est la manière dont l’école française accueille les enfants issus de l’immigration. Là encore ce serait intéressant de rendre compte de ce qui se fait à l’étranger, au Canada par exemple.

Je trouve qu’il manque une revue, papier ou web qui permettrait de faire le lien entre la recherche en éducation et le grand public. Cette revue intéresserait aussi bien les enseignants que les parents, mais aussi les élus comme les maires et les députés qui très souvent connaissent mal les questions d’éducation. »

Propos recueillis par Isabelle Dautresme

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