Philippe Meirieu : « On parle souvent d’éducation de manière segmentée »

Philippe Meirieu
© Philippe Meirieu.

Suite de notre série d’entretiens sur la manière dont les questions d’éducation sont traitées par les médias, lancée à l’occasion du colloque organisé par les Cahiers pédagogiques le 30 octobre 2012.

Rencontre avec Philippe Meirieu. Professeur de sciences de l’éducation à l’université Lumière Lyon 2, dont les travaux ont inspiré des réformes pédagogiques, le pédagogue est actuellement vice-président de la région Rhône-Alpes chargé de la formation tout au long de la vie (Europe Écologie Les Verts).

Ajéduc : Les questions d’éducation sont-elles assez présentes dans les médias ?

Philippe Meirieu : « Pour quelqu’un qui, comme moi, considère les questions d’éducation comme déterminantes dans notre avenir, on n’en parle jamais assez ! Mais, surtout, on n’en parle pas toujours très bien. C’est souvent très segmenté : les questions scolaires d’un côté, les questions familiales de l’autre, la santé, la violence, les loisirs… Tout cela est insuffisamment appréhendé de manière globale, au regard de la place que notre société donne à l’enfant et aux conditions de son éducation.

Quelles évolutions avez-vous perçu ces dernières années ?

P.M. : Je trouve qu’il y a une tendance à n’aborder les questions d’éducation qu’à travers deux approches : l’approche institutionnelle – la “machine-école” et ses institutions périphériques – et l’approche psychologique – les relations, le mal-être, les problèmes d’autorité des adultes. D’où un appauvrissement de la réflexion.

Certes, les questions institutionnelles et psychologiques sont essentielles, mais la réflexion sur le statut de l’enfant, sa place, les exigences que son éducation nous impose, les perspectives d’avenir qu’on peut lui offrir… tout cela est rarement évoqué. Or, l’éducation est d’abord affaire de “promesse d’avenir” : sans une réflexion sur le monde que nous voulons pour nos enfants, nous ne pouvons décider de leur éducation. Je trouve les médias trop centrés sur la nécessité de pacifier le présent et insuffisamment préoccupés de réfléchir sur l’avenir.

Y a-t-il des sujets qui vous semblent oubliés ou mal traités ?

P.M. : C’est la pédagogie proprement dite qui est la grande oubliée. À l’exception de quelques débats biaisés – comme celui sur “la méthode globale” – les questions pédagogiques proprement dites sont peu traitées. Regardez le problème des rythmes scolaires : c’est, certes, un problème important – aux implications sociales et économiques importantes, avec une dimension chronobiologique que je suis loin d’ignorer -, mais ça reste un problème d’organisation de la tuyauterie. Cela ne touche pas à la question des contenus et des méthodes. Or, ce qui fatigue un enfant, en réalité, c’est l’échec ! Et la lutte contre l’échec doit passer par un vrai travail sur les programmes et les situations pédagogiques…

Les “pédagogues” ont été discrédités, leur parole, leurs travaux sont peu connus et peu diffusés ; leurs publications sont passées à la trappe… Je pense avec une certaine nostalgie au début du XXe siècle, quand un quotidien pouvait traiter en cinq colonnes à la une du Congrès de l’Éducation nouvelle ! Mais tout n’est pas perdu : les journalistes d’éducation font un gros travail. Et les choses ont progressé. Quand j’ai démarré, avant 1968, les petites annonces sur l’éducation dans le Figaro figuraient dans la rubrique “Gens de maison”. Nous n’en sommes plus là ! Mais l’éducation n’a pas été vraiment reconstruite comme un objet politique à part entière. »

Propos recueillis par Muriel Florin

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